25. May 2017
Eyes on Europe

Galileo ou le défi de l’indépendance spatiale européenne

Galileo ou le défi de l’indépendance spatiale européenne

 

Premier grand projet industriel monté à l’échelle européenne, premier partenariat public-privé (PPP) de l’UE, pilier de la politique spatiale européenne, le programme Galileo n’en finit pas d’accumuler les titres. Garant de l’indépendance spatiale européenne, il est officiellement entré en application le 15 décembre 2016. Le projet a pourtant essuyé plusieurs années de retard et des dépassements budgétaires importants. Retour sur le programme communautaire phare du spatial européen, un colosse aux pieds d’argile.

 

©Unplash (pexels.com)

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Programme vitrine de l’Union européenne comme acteur de la scène internationale

 

Alors que les Etats-Unis tournent leurs télescopes sur Mars, l’Union européenne fait un pas de plus en direction de la Terre. Le 15 décembre 2016, Galileo, le système de navigation par satellite 100% européen, est entré en application après 13 ans de développement. « L’espace est […] un outil stratégique au service de l’autonomie d’action de l’Union sur l’échelle mondiale », souligne la commissaire européenne Elżbieta Bieńkowska lors de la sortie de la stratégie spatiale européenne en octobre 2016. Quelles raisons justifient l’attrait européen pour un système de navigation par satellite 100% communautaire ?

 

Son intérêt militaire d’une part : initialement, le développement de Galileo est perçu comme un outil au service de l’autonomie européenne notamment en matière de défense. Le lancement du programme est en effet corrélé aux prémices d’une prise de conscience européenne dans la nécessité de développer une politique de sécurité et de défense commune. Dans un contexte post-guerre du Kosovo, l’Europe perçoit le peu de marge de manœuvre dont elle dispose dans la surveillance par satellite. (Hoop Scheffer, 1991) En effet, ne disposant pas de leur propre système de surveillance, les européens ont dû faire appel au GPS américain pour avoir accès aux informations du terrain. Or, en fonction de la zone géographique et des utilisateurs concernés, cet accès était plus ou moins réduit. (Pascallon, 2001) Bien que certains pays soient réfractaires à un usage militaire de Galileo, le système aurait permis une avancée dans le domaine de la surveillance spatiale.

 

Son intérêt commercial d’autre part. La fin de la guerre froide sonne le début de l‘ère de l’exploitation commerciale du spatial. Le développement d’un « GPS européen » permet au secteur industriel de développer une indépendance stratégique face au marché spatial américain fermé et boosté par les commandes nationales de la NASA. Ainsi, pour concurrencer la nouvelle vague d’entrepreneurs américains à l’image de SpaceX et BlueOrigin qui repoussent les limites du secteur spatiales à coup d’innovations et d’offres low-cost, les industriels européens ont favorisé l’émergence d’un projet politique à l’échelle régionale, Galileo.

 

Pourtant, il a fallu 29 mois supplémentaires et plus de 103 millions d’euros de dépassement budgétaire, selon la Cour des Comptes, pour que la phase de développement et de validation débute. Pourquoi ?

 

Dans une dimension plus géopolitique également, l’éveil des BRICS à la conquête spatiale et la pression déjà exercée par les puissances historiques que sont le Japon et la Russie finissent d’ancrer la nécessité pour l’Union européenne de développer sa propre puissance spatiale si elle ambitionne de jouer un rôle actif de la scène international. Actuellement, la Russie, la Chine, le Japon et l’Inde disposent déjà de leur propre système de navigation civil et/ou militaire, autant d’alternatives nationales au GPS.

 

Ainsi, Galileo est le moyen pour l’Union européenne d’assurer la compétitivité de ses entreprises spatiales, d’accroître son autonomie et de renforcer son rôle d’acteur global. Pourtant, il a fallu 29 mois supplémentaires et plus de 103 millions d’euros de dépassement budgétaire, selon la Cour des Comptes, pour que la phase de développement et de validation débute. Pourquoi ?

 

 

Intérêts étatiques divergents, refroidissements des industriels : l’idylle communautaire dans la tourmente

 

Vitrine de la politique spatiale européenne, le programme Galileo est un premier pas pour expérimenter une politique commune dans ce domaine. « Galileo était en quelque sorte le cheval de Troie […], il devait favoriser l’émergence d’une union politique européenne. »  (Martin, 2009) Pourtant, les divergences entre les états membres et l’inexpérience de la Commission dans la mise en œuvre d’un projet de cet ampleur faillit être létal à Galileo. (Béclard, 2011)

 

Le choix d’un partenariat Public-privé (PPP) favorisé par l’Allemagne et le Royaume-Uni, censé diminuer les coûts publics du projet a fait reculer le secteur privé qui n’était pas prêt à endosser les risques financiers du développement du premier grand projet industriel européen. (Desingly, 2011) Après des mois et des sommes perdus, face au blocage des négociations, Galileo est finalement devenu un marché public.

 

Les querelles étatiques ont également donné lieu à des retards. Les divergences entre les plus grands contributeurs du projet, l’Italie, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Allemagne au sujet du leadership du projet furent la principale cause des 29 mois de retard. Chaque état attendait de Galileo des répercussions positives sur ses industries nationales. Finalement, les infrastructures ont été réparties sur les différents territoires des états, alors qu’une centralisation aurait été moins coûteuse et plus bénéfique au projet. (Desingly, 2011)

 

Enfin, la Commission va devoir composer avec une nouvelle variable inattendue : le Brexit. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pose la question de l’ouverture du programme aux pays européens non-membres de l’UE. Le Royaume-Uni est un contributeur important du projet Galileo et du secteur spatial européen en général, le gouvernement Britannique va pourtant devoir négocier son accès aux services de Galileo, au même titre que la Norvège et la Suisse. Affaire à suivre…

 

 

Alexandra Perse est étudiante en Master de Relations internationales à l’ULB