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Les implications économiques et géopolitiques de la Transnistrie pour l’Europe

Les implications économiques et géopolitiques de la Transnistrie pour l’Europe 8 novembre, 2017

Un pays qui n’existe pas. Voilà comment nous pourrions décrire la Transnistrie. Ce quasi-Etat de facto indépendant n’est reconnu par aucun pays membre de l’ONU, et génère des tensions en Europe. La Transnistrie est la république autonome non-reconnue la plus proche de l’Union européenne. Une crise là-bas serait encore plus proche de nous que la crise en Ukraine. Voyons comment cette problématique géopolitique a été gerée par l’Union européenne jusqu’ici. Nous verrons plus exactement quels sont les problèmes qui découlent de la Transnistrie et les actions engagées par l’UE jusqu’ici pour tenter de résoudre la situation.

La Transnistrie, c’est quoi ?

La Transnistrie, alias la République moldave du Dniestr, est un territoire autonome à l’intérieur des frontières internationales de la Moldavie. Pourquoi en parler ? Car cette région séparatiste a décidé de se séparer de la Moldavie après la chute de l’URSS pour former son propre « pays », et ce, contre l’avis du gouvernement moldave bien sûr. Une courte guerre dans les années 90 eut lieu en réponse. Désormais, le conflit s’est « refroidi » mais il continue d’être une source de tensions dans cette région de l’Europe. La Moldavie veut d’ailleurs rejoindre le bloc des 28 mais s’y voit empêchée à cause de cette région séparatiste.

La République moldave du Dniestr dispose de son propre gouvernement, sa propre capitale, sa propre monnaie, sa propre banque centrale, sa propre armée, et ainsi de suite. Elle présente quasiment toutes les caractéristiques d’un État à part entière, donc.

Quelles tensions ?

En quoi ce territoire autonome est-il dérangeant ? Dans le cas présent, la Transnistrie souhaiterait être plus qu’une république autonome et devenir un pays à part entière. Le passé a déjà montré que des mouvements sécessionnistes ou d’indépendance peuvent être violents et mener à des guerres.

En outre, ce territoire représente pour l’instant davantage un intérêt géopolitique pour la Russie que pour l’Union européenne. Et les intérêts russes sont, de nos jours, de moins en moins en concordance avec les intérêts européens. De plus, la Russie aide financièrement ce quasi-Etat et y dispose de plus d’un millier de militaires, une sorte d’avant-poste russe très proche de l’UE. Loin l’idée ici d’être antirusse, mais cela favorise objectivement les tensions dans la région, pour l’instant du moins.

Les résultats des relations UE – Transnistrie

Le 1er mars 2008, l’UE et la Transnistrie signent l’accord des Préférences Commerciales Autonomes (PCA). Les PCA permettent alors aux entreprises transnistriennes d’exporter vers l’UE avec des tarifs douaniers plus avantageux (Jakovčić, 2016). Il faut savoir que la Transnistrie dispose de quelques très grosses industries datant de l’époque de l’Union soviétique, trop productives pour la faible demande intérieure du quasi-Etat. Les exportations représentent donc un intérêt majeur pour la Transnistrie, qui a su en augmenter la part vers l’UE et récolter ainsi un montant conséquent (189 millions de dollars) pour un « pays » dont le PIB est seulement de 913 millions de dollars (Calus, ibid). Les PCA ont aussi permis à la Transnistrie de se détourner légèrement de la Russie en diminuant sa part d’exportation vers ce pays de 7,7 % (Anonyme, 2016).

Depuis la crise financière mondiale de 2008, l’inflation a augmenté de 19,3 % et le pays enregistre une dette de 4 milliards de dollar vis-à-vis de Gazprom – c’est-à-dire plus de quatre fois son PIB (Harzl, 2016). Bien que sa situation soit loin d’être optimale, les PCA aident grandement la Transnistrie. L’Union européenne veille à ce que les autorités moldaves n’entravent pas les exportations de et vers la Transnistrie, et offre une légère aide financière à la région (Ganin, 2016). Cette stratégie de l’Union européenne donna goût aux entrepreneurs transnistriens de se tourner vers l’UE et leur permit, grâce à des avoirs supplémentaires, de se distancier légèrement de la Russie.

A ce jour, 35 à 40 % des exports transnistriens sont destinés à  l’UE (Milevska, ibid). Dans le futur, la Transnistrie devrait probablement améliorer sa relation et sa situation économique avec la Moldavie en raison des problèmes économiques de la Russie, ce qui permettra de rapprocher les économies des deux territoires et d’exporter davantage vers la Moldavie (Oxford Analytica Daily Brief Service, 2015).

La fin des PCA et la venue de la DCFTA

Un Accord d’Association (AA) entre Bruxelles et Chișinău (la capitale moldave), est signé en 2014 et entre en service en 2016. L’AA vise à réformer certains secteurs de la Moldavie, à lutter contre la corruption et le terrorisme, à faciliter les échanges commerciaux et à trouver une solution au problème de la Transnistrie (Commission européenne, 2016). Cet Accord ne pouvait alors s’appliquer au territoire de la Transnistrie, celui-ci n’étant pas sous le contrôle du gouvernement moldave (Durrieu, 2015). En outre, les autorités transnistriennes refusaient depuis 2012, date de début des négociations, de se joindre à la table des discussions (Calus, 2016).

Seulement voilà, l’accord des Préférences commerciales autonomes, bien bénéfique pour la Transnistrie, s’arrête en 2016 pour laisser la place à l’AA (qui inclut un Deep and Comprehensive Free Trade Agreement – DCFTA, un nouvel accord commercial de libre-échange). Les autorités transnistriennes, ayant refusé de participer aux négociations et d’appliquer l’AA, se sont retrouvées sans plus aucun accord commercial avec l’UE avec pour conséquences possibles, la perte des parts d’exportations. Une grave menace pour ce petit quasi-Etat ! Comme le disait le responsable d’une fabrique exportatrice de chaussures basée dans le nord de la Transnistrie : « nous comprenions qu’il fallait faire quelque chose. Et cela signifie se tourner vers le marché européen » (Eurasianet, 2016). Bruxelles saisit cette occasion pour engager, fin 2015, Tiraspol (la capitale de la Transnistrie) à rejoindre le DCFTA, à faire des concessions et à aligner ses tarifs douaniers sur ceux de la Moldavie. (Harzl, ibid). Tout ceci permit un rapprochement des économies moldaves et transnistriennes, les confondant presque en une seule économie (Milevska, ibid).

Le statut actuel de la Transnistrie pourrait représenter un risque sécuritaire, en plus des tensions actuelles. Le statu quo de conflit gelé n’est pas la meilleure des solutions. Grâce à l’AA proposé par l’Europe, c’est toute la Moldavie, y compris la République moldave du Dniestr, qui s’est tournée davantage vers l’UE. Cette dernière a réussi à devenir un acteur important dans la région de la Transnistrie. Si l’Union, grâce à du soft power, de l’aide financière, de la pression de l’OMC voire par l’Agence européenne anti-fraudes, réussit à résoudre la situation entre la Moldavie et la Transnistrie, ce serait une première mondiale. Cela enverrait un message au monde et pourrait même améliorer l’image de leadership mondial de l’Union européenne. Cependant, nous pouvons nous demander si nous ne sommes pas trop naïfs de croire que nous pouvons faire mieux qu’un statu quo pacifique ? Pourrons-nous exporter ce modèle à d’autres républiques non reconnues dans l’avenir ? Ou alors cela enverrait-t-il une image d’Union européenne impérialiste au reste du monde ?  L’avenir nous le dira.

Robin Vanholme est étudiant en Master en Études européennes à l’Institut d’études européennes de l’ULB.

 

Sources

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