26. April 2017
Eyes on Europe

Les Écoles européennes de Bruxelles : victimes de leur propre succès

Les Écoles européennes de Bruxelles : victimes de leur propre succès

 

Le succès des Écoles européennes est indéniable. Sur plus de 60 ans d’histoire, les Écoles européennes ont offert à plus d’une dizaine de milliers d’enfants un enseignement multilingue et multiculturel. Cependant, avec l’élargissement de l’Union européenne et avec les principales institutions se trouvant à Bruxelles, les infrastructures mises à disposition manquent cruellement de places.

 

© Unsplash

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Depuis près d’une décennie, les Écoles européennes de Bruxelles sont victimes de leur propre succès. Même si celles-ci ne font pas exactement partie d’une institution européenne, elles demeurent fortement liées à la Commission européenne. Ce projet européen a été fondé par les gouvernements des États membres de l’Union européenne. La première école a été inaugurée en 1953 au Luxembourg, avant même la signature du Traité de Rome en 1957. Son principal objectif était d’offrir aux enfants du personnel des institutions européennes une éducation dans leur langue maternelle et dans un environnement multiculturel, un objectif qui est d’ailleurs toujours d’actualité.

 

Il existe actuellement quatorze Écoles européennes (Alicante, Bergen, Bruxelles I avec un site à Uccle et à Berkendael, Bruxelles II à Woluwe-Saint-Lambert, Bruxelles III à Ixelles, Bruxelles IV à Laeken, Culham, Francfort, Karlsruhe, Luxembourg I au Kirchberg, Luxembourg II à Mamer, Mol, Munich, Varese) réparties dans sept pays (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni).

 

Cette surpopulation est un vrai casse-tête pour les écoles. Elle crée des problèmes de sécurité et d’encadrement qui risquent de porter atteinte à la qualité d’enseignement.

 

Les infrastructures des Écoles européennes de Bruxelles ont une capacité nominale de plus ou moins 10 000 places, toutes sont déjà surpeuplées à l’exception de Bruxelles IV et Bruxelles I (Berkendael). Cette surpopulation est un vrai casse-tête pour les écoles. Elle crée des problèmes de sécurité et d’encadrement qui risquent de porter atteinte à la qualité d’enseignement. Les professeurs se plaignent de plus en plus de classes saturées, pouvant atteindre jusqu’à 31 ou 32 élèves.

 

L’Autorité centrale des inscriptions a été créée en 2006 suite aux phénomènes des demandes croissantes d’inscription dans les Écoles européennes de Bruxelles. La mission principale de cet organe est de se prononcer sur les inscriptions et de gérer les flux des demandes dans les écoles européennes de Bruxelles.

 

Bien entendu, à Bruxelles, le problème est intrinsèquement lié au statut de capitale européenne de la ville, lieu privilégié des institutions européennes. Sur base des données recueillies début 2017, il y aurait ainsi plus de 32 000 personnes travaillant rien que pour la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.

 

De surcroît, certaines écoles étant préférées à d’autres, les demandes d’inscription dans les écoles « convoitées » accentuent ce problème. En effet, les parents peuvent choisir l’école dans laquelle ils veulent inscrire leur enfant. Ainsi, les parents rechignent à placer leur enfant dans les écoles nouvellement créées. L’école de Laeken est un parfait exemple. En 2009, nonobstant la création de sections linguistiques les plus demandées (francophones et anglophones), celle-ci a peiné à se remplir. Le même phénomène peut être observé aujourd’hui à Berkendael. Est-ce un manque de confiance dans les infrastructures dans les nouveaux établissements ? Ou la peur d’un encadrement limité ? Malgré tout, et quelque soit la motivation des parents, la décision finale revient à l’Autorité centrale des inscriptions, qui sur base du nombre d’inscrits dans la section linguistique de l’enfant, offre une place dans l’école la moins peuplée.

 

Renforçant cependant le déséquilibre dans les inscriptions scolaires, certains parents veulent impérativement placer leur enfant dans les sections linguistiques francophones ou anglophones qui sont déjà fortement saturées. La motivation derrière cette décision est de placer leur enfant dans des sections dites de « langues utiles ». Cependant, les Écoles européennes ont été créées dans le but d’offrir un enseignement dans la langue dominante, ou langue maternelle, de l’enfant. Il n’est donc parfois pas surprenant d’avoir des enfants de parents venant d’un pays d’Europe centrale ou du sud inscrits dans une section linguistique inappropriée.

 

Cette disparité d’intérêt entre les écoles crée une atmosphère de méfiance auprès des futurs demandeurs d’inscription.

 

Cette disparité d’intérêt entre les écoles crée une atmosphère de méfiance auprès des futurs demandeurs d’inscription. Elle place une pression inutile sur les écoles déjà surpeuplées et introduit de l’incertitude dans le recrutement du personnel et de la répartition des ressources, des décisions qui doivent parfois être prises au plus tôt afin d’offrir un encadrement optimal.

 

Bien qu’officiellement le site de Berkendael demeure une extension de l’École européenne de Bruxelles I, elle a tout d’une école à part entière. La question de savoir s’il fallait créer une 5ème école à Bruxelles sur le site de Berkendael était sur la table cette année. Cependant, les autorités ont repoussé cette possibilité pour l’année scolaire 2018-2019.

 

Les Écoles européennes, bien conscientes de leur rôle à jouer dans la promotion de l’identité européenne, forment aujourd’hui les Européens de demain. Cependant, sans une solution permanente à ce problème de surpopulation, les Écoles européennes de Bruxelles ne pourront complètement réaliser ce potentiel.

 

Sam Almond est étudiant en Master sciences politiques à l’ULB