29. April 2017
Eyes on Europe

Pays-Bas : la division au coeur de l’Europe [CaféBabel]

Pays-Bas : la division au coeur de l’Europe [CaféBabel]

 

Mercredi 15 mars, les citoyens néerlandais sont appelés à aller voter pour élire leurs députés. Tant la campagne que son issue vont avoir d’importantes conséquences au niveau national mais aussi européen, notamment par les divisions et la recomposition politique qu’elle va susciter. Analyse.

Wilders_Rutte

 

La division est au coeur de l’histoire des Pays-Bas. L’organisation de la société s’est construite par pilier : le pilier protestant, le pilier catholique, ou encore le pilier libéral. Mais aujourd’hui, ces piliers traditionnels qui guidaient les Néerlandais leur vie durant, ne sont plus aussi solides : la société s’est largement sécularisée et le pays a accueilli des populations étrangères dont l’insertion dans le système traditionnel n’a pas été accomplie.

 

Ce morcellement a alors trouvé un écho dans celui des partis politiques néerlandais : pas moins de 28 partis sont encore en lice pour les élections législatives. Parmi eux ? Le parti défendant le droit des animaux, ou un autre en faveur des personnes de plus de 50 ans. Le phénomène d’émiettement politique en entraîne alors un autre, visible dans bon nombre de pays européen : l’affaiblissement des partis politiques traditionnels. En premier lieu, le VVD, Parti libéral et démocrate, de l’actuel premier ministre, Mark Rutte dont la régression force la décomposition et la recomposition du paysage politique.

 

Deuxième phénomène à l’oeuvre aux Pays Bas à l’instar des autres démocraties occidentales : la montée des extrême et du populisme. Ici, c’est Geert Wilders qui l’incarne. Le leader du PVV (Partij voor de Vrijheid, le Parti pour la liberté, nda) emmène à lui seul son parti vers une deuxième place promise par les sondages. Le tout, avec un discours ainsi que des propos nationalistes, xénophobes et europobes qui lui ont valu d’être condamné par la justice, notamment contre les Marocains vivant aux Pays Bas.

 

Ainsi, les élections néerlandaises ne se jouent pas uniquement au niveau national, mais aussi au niveau continental, révélant une division plus large. En effet, la recomposition du spectre politique a mis en exergue un clivage net au sein de l’électorat néerlandais : entre le PVV de Geert Wilders qui promet une sortie de l’Union européenne – un « Nexit » – et des partis très pro-européens, comme le parti écologiste GroenLinks ou les libéraux du centre. Ainsi les Pays-Bas s’ouvrent en deux, entre une partie de la population qui refuse de voir son « petit » pays l’échelle de l’UE s’y laisser aller et s’y noyer, et une autre, largement internationalisée qui souhaite s’ouvrir au reste du monde.

 

Dans un pays très touché par la crise de 2008, mais qui a su s’en relever rapidement et plus fort – avec moins de 6% de chômage et près de 2% de croissance – l’explication de la montée de l’extrême droite ne peut se trouver dans sa situation économique. Ce sont bien des interrogations identitaires et culturelles qui parcourent le pays et qui questionnent sur son rapport au monde et à l’Europe. Si ces questions éclatent aujourd’hui, elles se posent depuis plusieurs années : ici, faut-il se souvenir que les Pays Bas sont, avec la France, le pays du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005, ou qu’une majorité de la population néerlandaise s’est récemment opposée à l’accord d’échanges commerciaux avec l’Ukraine.

 

Ainsi, les Néerlandais auront à décider, au-delà du choix de leurs députés, avec quel ordre européen ils veulent collaborer : celui de Geert Wilders, qui semble rejeter tout ordre établi ou celui de l’Europe dans lequel ils vivent depuis longtemps.

 

 

Marie Tanché pour CaféBabel

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