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Philippe Lamberts: « Le problème de l’Europe c’est le néo-libéralisme »

Philippe Lamberts: « Le problème de l’Europe c’est le néo-libéralisme » 28 octobre, 2017

Lors de notre dernière conférence à l'ULB, on a interviewé Philippe Lamberts, eurodéputé Ecolo et co-président du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen.

Philippe Lamberts, député Europe Écologie les Verts au Parlement européen depuis 2009, s’adresse à moi, en souriant. « Voilà, je suis à vous », me rassure-t-il d’une voix posée dans laquelle on devine l’assurance d’un homme d’expérience. Après tout, il est engagé auprès du parti Europe Écologie depuis 1991… Il s’apprête d’ailleurs à donner une conférence aux côtés de Jean Quatremer, journaliste français pour le quotidien Libération, spécialiste des questions européennes, sur le thème « Peut-on relancer le projet européen sans réformer l’Union Européenne ? », co-organisée par Eyes on Europe, Stand Up for Europe, et l’Institut d’études européennes de l’ULB. Curieuse de recueillir ses impressions avant la discussion, je l’interroge rapidement sur l’actualité du vieux continent.

J.L.M : À quoi ressemblerait votre Europe idéale ?

P.L : Pour moi, une Europe idéale serait une Europe qui fait du bien-être des citoyens sa priorité numéro 1, qui leur garantirait une qualité de vie optimale, ce qui, à l’évidence n’est pas le cas aujourd’hui. Je souhaiterais que tous les acteurs européens se mettent autour de la table et discutent d’un We belong together (Nous ne formons qu’un seul corps ndlr).

J.L.M :  Quels obstacles empêchent d’atteindre cet objectif selon vous ?

P.L : Sincèrement, pour moi, la réponse à cette question se trouve du côté du néo-libéralisme. Depuis près de quarante ans, ce dernier est devenu le discours dominant pour la majeure partie de la classe politique européenne. Or, cela ne fait que creuser un peu plus les inégalités économiques et sociales. Voilà le problème. Aujourd’hui, on a tendance à blâmer les multinationales, comme s’il s’agissait d’êtres animés. Certes, ce sont des personnes morales, dotées d’une personnalité juridique, mais il ne faudrait pas oublier que des individus sont à l’origine de la création de ce statut. Ce sont eux les responsables.

J.L.M : L’argent, plus précisément le capitalisme serait donc responsable de l’échec de la conception initiale de l’Union, telle que définie par la Communauté Économique européenne ?

P.L : C’est difficile à dire… Je ne serais pas si catégorique. Si l’on remonte aux années 1950-60, au début de la construction européenne, l’argent a permis la reconstruction et le développement du continent, la prospérité des ménages, et la réduction des inégalités. Tout cela c’est fait par peur du Communisme. En revanche, à partir des années 1970, le néolibéralisme a commencé à s’imposer avec comme chefs de file Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux Etats-Unis, avec les conséquences que l’on connaît. L’argent peut être un moteur autant qu’un frein au développement de l’Union.

J.L.M : Puisque vous évoquez les freins au développement de l’Union, de nombreux obstacles restent encore à franchir : la gouvernance économique, le dumping social… Pensez vous que l’Union soit en mesure de résoudre ces problèmes, tandis que la solidarité au sein de l’UE s’effrite, l’exemple le plus récent étant la Catalogne ?

P.L : Oui, vous avez raison. Les obstacles sont encore nombreux ; il faudrait tendre vers une logique de convergence. Par ailleurs, j’ai coutume de dire à mes amis catalans (qui travaillent au sein du parti Europe Ecologie les Verts ndlr) : « Je ne comprends pas pourquoi vous voulez faire sécession avec l’Espagne sans pour autant quitter l’Union. Cela est tout à fait contradictoire. » En effet, si la Catalogne refuse de payer pour l’Espagne, pourquoi accepterait-elle de payer pour l’Europe toute entière ? Il faut être logique jusqu’au bout. D’un point de vue économique, que ferait la Catalogne isolée au beau milieu du continent ?

Là, un de ses collègues s’avance vers lui, sonnant ainsi la fin de notre entretien.

                                                       Juliette Le Maguer est étudiante de Master 2 en traduction à l’ULB.

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