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Stand up for Europe: entre démocratie citoyenne et projet pan-européen

Stand up for Europe: entre démocratie citoyenne et projet pan-européen 6 mars, 2017

 

En ces temps de remise en cause de l’Union Européenne, nous avons décidé de vous présenter un exemple de mobilisation de la société en faveur de l’Union. Voici notre interview de Pietro De Matteis, vice-président de Stand up For Europe, un mouvement citoyen pan-européen qui veut faire en sorte que les Européens se rencontrent et s'approprient le projet européen en promouvant l’échange au niveau local.

 

 

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Eyes on Europe: Qu’est-ce que Stand up For Europe?

 

 Pietro De Matteis: Stand up for Europe est un mouvement citoyen qui promeut l’action locale et transnationale pour faire prendre conscience aux citoyens de leur identité et intérêts européens et  les défendre. C’est pour cela qu’on a créé des équipes au niveau local et avant tout dans les villes; pour faciliter ce lien entre le niveau local et européen.

 

D’ailleurs, Stand Up For Europe veut développer des équipes dans toutes les villes européennes. Nous avons commencé par Bruxelles et Bologne. Puis, on a aussi développé des équipes à Milan, Paris… Aujourd’hui, des équipes se forment à Munich, à Berlin. Le développement de nos équipes est lié à la demande et l’enthousiasme de nos activistes. L’intérêt vient d’un peu partout et la difficulté, c’est de mettre en contact les gens dans une même région et surtout dans une même ville.

 

 

EoE: Pourquoi parler du modèle particulier des Etats-Unis comme exemple d’Etat fédéral pour l’Europe? Quelles valeurs du système américain revendiquez-vous ?

 

PDM: En fait, on n’a pas choisi le modèle américain spécialement. Quand on a commencé avec le  mouvement, Stand up for the United States of Europe, c’était pour donner une idée claire de ce que serait une Europe fédérale. On a des modèles de fédéralisme en Europe que l’on peut utiliser. Il y en a aussi ailleurs dans le monde. D’ailleurs, on est sûr qu’on pourrait faire beaucoup mieux en apprenant des erreurs américaines depuis 200 ans.

 

Ce qui est important pour nous, c’est l’idée et l’approche du fédéralisme qui considère qu’il est fondamental que les citoyens gardent un contrôle sur toutes les institutions de manière claire ; que les compétences des institutions soient claires aussi et que les décisions sont prises le plus près des citoyens. Pour avoir une bonne démocratie, il faut être sûr de « qui fait quoi ? », soit l’accountability, et que les décisions soient prises au niveau le plus approprié. Si c’est des questions de politique étrangère, on veut que ce soit l’Union Européenne. Si ce sont des politiques industrielles stratégiques (Espace, transport), on pense également que c’est mieux au niveau européen.  Le transport local, la politique de la ville, là évidemment c’est au niveau des villes que ces politiques doivent être traitées, par exemple. Donc il y a comme deux jambes au projet. La première est de clarifier le partage des compétences aux yeux des citoyens et la deuxième concerne le développement de mécanismes de décisions efficaces  pour faire face aux défis d’aujourd’hui et le plus proche possible du citoyen.

 

 

EoE: Quelles sont les propositions concrètes du mouvement ? Ont-elles évolué depuis 2014 ?

 

PDM: Oui, le manifeste de 2014 était fait pour les élections européennes de 2014.  Il y avait un contexte différent. L’Europe n’était pas encore secouée par la crise des réfugiés, la crise de l’intelligence; il n’y avait pas de terrorisme dans la même mesure qu’on le connait aujourd’hui. Mais les éléments principaux sont toujours les mêmes ayant pour objectif une Europe vraiment démocratique, efficace et citoyenne. Après la fusion avec le European Federalist Party et USE now, nous avons donc développé de nouvelles propositions sur la base de  l’ancien manifeste et nous les avons appelés : « nos propositions pour une Europe meilleure ». Elles sont disponibles sur notre site internet : www.standupforeurope.eu.

 

Tout d’abord, il faut renforcer les institutions qui sont déjà démocratiques comme le Parlement. Le président de la commission doit être élu au suffrage universel en renforçant la bonne pratique de 2014. Après, il y a des mesures plus structurelles pour renforcer la légitimité, et des mesures pour faire face aux événements actuels.  Dans nos propositions pour une Europe meilleure, il y a la proposition d’un ministre européen des affaires étrangères, des contrôles aux frontières européennes, harmoniser les standards pour les immigrés pour assurer un traitement juste dans toute l’union. De même, aujourd’hui, on ne peut pas avoir 40 services de renseignements. On a vu qu’en cas de manque de communication, cela ne fonctionne tout simplement pas. C’est pour cela que nous voulons un vrai service européen des renseignements. Aux Etats-Unis, il y a la CIA, on voudrait la même chose au sein de l’UE. On ne promeut pas une institution qui  serait un simple organe de partage d’informations mais bien la création d’une institution structurée et dans laquelle les informations circulent automatiquement. Nous sommes aussi partisans d’une police fédérale pour lutter contre le crime transfrontalier.

 

On est toujours en crise aujourd’hui et on n’a pas le temps de penser à l’avenir: digital, numérique… donc avoir un politique dans ce domaine, dans l’éducation avec Erasmus qui met en contact les citoyens serait une bonne chose pour le futur européen. D’ailleurs, c’est le projet initial de Jean Monnet qui disait: « Notre mission n’est pas de coaliser des Etats, mais d’unir des hommes ». Je pense que le projet européen doit un peu retrouver sa source qui était de réunir les hommes et pas les Etats. Toutes les politiques devraient renforcer cette dimension humaine et citoyenne.

 

 

EoE: Dans son dernier ouvrage, Mario Telo explique que l’UE est et sera une organisation régionale et pas un Etat fédéral en formation. Pourquoi vous opposez-vous à cette vision ?

 

PDM: La première question qui se pose c’est : Qu’est-ce qu’une Organisation régionale et un Etat en devenir ? Si on regarde l’Italie, on a longtemps considéré qu’il s’agissait d’une expression géographique gérée par plusieurs Etats avec leurs langues, des histoires différentes et souvent très longues comme dans le cas de Venise. Si on regarde l’Allemagne, c’est un Etat fédéral avec dans länder puissants, avec leurs cultures, leurs accents. Pourquoi aurait-on donc cet apriori sur l’Europe ? Ce n’est pas parce qu’il y a des différences culturelles qu’on ne peut envisager une structure étatique fédérale. L’Histoire de l’Europe en est la preuve: des régions si diverses comme la Sicile et la Lombardie sont structurées au sein de l’Etat italien de même que la Bavière et la Hesse ont pu converger au sein de la République Fédérale d’Allemagne. Alors au nom de quoi ce processus ne serait-il pas envisageable voir souhaitable au niveau Européen ? Ce qui manque à l’UE pour être une Fédération, c’est la conscience d’être européen et c’est pour cela qu’on travaille dessus. Pour créer l’Italie, il a fallu faire les Italiens. On a donc fait l’UE mais pas encore les Européens. Pour cela, les citoyens européens doivent se rencontrer pour commencer à penser à leurs intérêts en tant qu’européens. Avec les attaques terroristes, par exemple, les Européens se rendent compte que leur droit à la libre circulation est lésé quand on bloque les frontières.  Certains citoyens commencent donc à agir pour défendre leurs droits. Or si une partie conséquente de citoyens se mobilise en Europe, et donc agit, alors on aura créé une conscience européenne.

 

Un Etat se compose d’un territoire, d’un peuple et de la souveraineté. Pour le moment, l’Union Européenne a un territoire plus ou moins défini et la souveraineté qu’elle soit directe ou partagée avec les Etats membres. Ce qui manque à l’Union Européenne, c’est plus le sentiment d’appartenance à un même peuple; même si celui-ci  commence à se former. Stand up for Europe en est un exemple parmi d’autres. Il  y a aussi de plus en plus des manifestations « For Europe ». Nous les avons vues après le vote du Brexit à Londres, il y a quelques semaines en Roumanie, de plus en plus souvent en Allemagne – j’y étais moi-même à Francfort il y a quelques jours – et il y en aura d’autres pour le 25 Mars à l’occasion de la célébration de 60 ans des traités de Rome dans plusieurs villes Européennes. Quand cette prise de conscience sera assez large, on aura l’élément pour transformer l’Union Européenne en une fédération. Nous, nous proposons un modèle fédéral, car c’est la meilleure façon pour assurer des décisions efficaces, démocratiques et au niveau le plus proche du citoyen.

 

 

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EoE: Dans cette perspective fédérative, que pensez-vous du Brexit ? Est-ce une nouvelle crise qui s’ajoute aux précédentes ou bien est-ce une chance pour l’UE ?

 

PDM: Le Brexit, c’est le dernier opt-out de l’Angleterre. Depuis que le Royaume Uni est devenue membre de la Communauté européenne puis de l’Union, il n’a cessé de développer une position particulière et assez défensive à l’encontre de l’Union Européenne. Pour le Royaume-Uni, c’est certainement une crise mais pour nous c’est aussi une opportunité. Cela nous oblige à repenser les objectifs de l’Union Européenne et comment on peut former une structure viable.

 

Maintenant, on commence à parler d’une Europe à plusieurs vitesses. On s’est rendu compte qu’à 28 ce n’est plus possible d’avancer à la vitesse adaptée aux changements du monde d’aujourd’hui. De facto, on est déjàà dans une Europe à plusieurs vitesses avec Schengen et l’Euro. Maintenant, il faut s’assurer qu’on peut bouger et avancer dans l’intégration. Depuis Maastricht, on n’a plus rien fait. Le Traité de Lisbonne a gardé quelques éléments du traité constitutionnel avorté; mais l’aspect symbolique avait disparu. Pour nous, c’est donc une opportunité pour comprendre ce qu’est le projet européen et regarder l’avenir plus concrètement.

 

 

EoE: Qu’en est-il de l’élection de D. Trump ?

 

PDM: Si on reste sur une position défensive, cela va nous endommager. Mais si on est proactif, alors ce sera une opportunité. Pour moi, c’est une opportunité. Si on a d’un côté la Russie qui nous met sous pression, et de l’autre côté, les Etats-Unis qui nous regardent avec mépris, nous avons tout intérêt à assurer notre propre sécurité. D’ailleurs, la possible nomination d’un diplomate américain europhobe qui a comparé l’UE à l’Union soviétique, confirme la position de la nouvelle Administration. D. Trump qui comme V. Poutine soutient des mouvements qui vont à l’encontre de l’intégration européenne. Cette vision nationaliste des politiques étrangères peut être un réel problème pour nous si on ne prend pas notre destin en main rapidement.

 

On arrive au 60E anniversaire de Rome;  c’est le moment parfait pour comprendre ce qu’est le projet européen et clarifier le fait qu’on ne peut pas être dépendant d’un pays tiers pour notre sécurité. On ne peut pas avoir une politique européenne sécuritaire divisée si on veut protéger les citoyens.

 

 

EoE: Stand up for Europe avait présenté des candidats lors de la dernière élection européenne. Recommencer ? Ou non ? Quelles sont les prochaines étapes ?

 

PDM: Nous avons tenté l’expérience des élections européennes pour pousser le débat sur l’Union Européenne. Maintenant, notre objectif est de créer une base critique de citoyens européens. Nous sommes un mouvement citoyen et on n’a pas l’intention de participer aux élections tout de suite; surtout pas nationales mais peut-être un jour au niveau européen. C’est une option prévue dans nos statuts. Mais cela se fera seulement si on a une base de citoyens qui nous le demandent et qui nous permettra d’avoir un impact important.

 

La priorité aujourd’hui est donc de développer des équipes dans chaque ville. On met aussi en place des outils pour permettre la communication entre les équipes et pour après pouvoir les mobiliser au niveau européen. Nous voulons créer des liens pour renforcer la  conscience européenne. C’est, pour nous, la base de la citoyenneté  européenne nécessaire pour soutenir une Europe unie et capable de faire face aux défis d’aujourd’hui.

 

 Louis Charpentier est en Master en Relations Internationales à l’ULB

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