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Fake news: De nouvelles mesures spécialement conçues pour les élections européennes

Fake news: De nouvelles mesures spécialement conçues pour les élections européennes 16 juin, 2019

© Rachel Kaiser

A deux mois des élections européennes, différents médias s’organisent pour éviter le risque de manipulation et la diffusion de fake news liées au scrutin. D’un côté, Facebook lance un dispositif de transparence en matière de publicités politiques au sein de l’UE. En parallèle, plusieurs médias issus de différents pays européens ont décidé de collaborer pour lutter contre la désinformation, et lancent conjointement la plateforme FactcheckEU.

La pilule amère du scandale de Cambridge Analytica lors du vote du Brexit reste difficile à avaler pour les Européens. Alors que les négociations continuent de battre leur plein et de donner du fil à retordre à Barnier&Cie, on se dit qu’on aurait simplement pu éviter cette situation de chaos en condamnant avec plus de fermeté les publicités politiques sur Facebook, et par conséquent peut-être éviter le Brexit. Si les soupçons de manipulation restent toujours à confirmer, on préfère prévenir que guérir dans les rangs européens. En octobre dernier, la Commission avait sommé Facebook de se plier à la règlementation européenne en matière de données privées et voulait interdire les publicités politiques sur le réseau social. Le message semble être bien passé chez Facebook, qui a dévoilé le 24 mars sa stratégie pour rendre son réseau plus transparent à l’approche du scrutin européen. Reste à savoir si le réseau social va réellement tout mettre en oeuvre pour ne plus commettre les mêmes erreurs que par le passé, ou s’il cherche simplement à se racheter et  à redorer son blason auprès de l’opinion publique.

Désormais, les personnes ou les entités qui voudront diffuser des publicités politiques sur Facebook dans le cadre des élections européennes devront se plier à une procédure d’acceptation. Concrètement, le but est de vérifier l’identité de ces « publicitaires ». Les entités devront communiquer leur nom, leur mail, un nom de domaine, leur téléphone et une adresse physique. Si elles ne répondent pas à ces critères de transparence, elles se verront dès lors interdire la publication de leur publicité. De plus, les utilisateurs auront la possibilité de découvrir qui se cache derrière les publicités. En cliquant sur un bandeau en haut à droite du message publicitaire, l’utilisateur pourra connaître qui a payé pour sa diffusion, le prix et même le nombre de vues. Facebook régule donc les publicités politiques, mais ne semble tout de même pas encore prêt à faire une croix sur cette source de revenus alléchante…

Pour éviter la propagation de fake news, dans laquelle Facebook a joué un rôle majeur notamment lors des midterms américaines et des élections présidentielles brésiliennes, le réseau social annonce poursuivre les efforts entrepris depuis deux ans. Facebook veut traquer les diffuseurs de fausses nouvelles, en repérant les faux comptes qui sont responsables d’une grande majorité des fake news, et ce grâce à l’intelligence artificielle. Facebook compte également poursuivre son partenariat avec différents médias internationaux pour lutter contre les fake news. Ce programme international de fact-checking, peu connu du grand public, fonctionne de manière très simple : Facebook rémunère des médias (Le Monde ou Libération, entre autres) pour vérifier des contenus soupçonnés d’être faux. Les médias sélectionnent ensuite les contenus qu’ils jugent intéressants à traiter dans leur journal, sur la base de leur ligne éditoriale, et rédigent finalement un article qui démontre que l’info est fausse ou erronée. Si ce projet semble émaner d’une bonne intention, on s’interroge tout de même sur les possibles conflits d’intérêts entre des médias qui clament haut et fort leur indépendance et qui font de l’objectivité leur maître mot, et des rémunérations octroyées par un réseau social dont la réputation est entachée de multiples scandales de propagande politique. L’efficacité d’une telle initiative peut également être mise en doute, tant le flux de fake news est perpétuel et éléphantesque sur la toile.

Ce partenariat entre Facebook et d’autres médias n’est pas la seule initiative de fact-checking qui existe à l’heure actuelle. Un tout nouveau concept vient d’être lancé spécialement pour démanteler le vrai du faux dans les discours liés aux élections européennes :  FactcheckEU. Cette plateforme, inaugurée le 18 mars, regroupe 19 médias européens issus de 13 pays différents avec un seul but commun : protéger le débat européen. FactchekEU propose notamment aux utilisateurs de poser leurs questions quant au scrutin du 26 mai prochain, et se charge d’y répondre le plus complètement possible. Les réponses sont ensuite publiées sur la page en onze langues différentes, et classées en différentes catégories : politique, économie, migration… il y en a pour tous les goûts !

Mais ce n’est pas tout. La plateforme s’attelle aussi à vérifier et démentir les fausses informations qui circulent concernant les élections européennes.  FactchekEU a été élaboré par CheckNews, le réseau de fact-checking de Libération qui a déjà fait ses preuves, ainsi que l’agence de design d’information française Datagif. Au sein des médias partenaires, on retrouve Les Décodeurs (Le Monde), mais aussi Les Observateurs (France24), ou encore le site web irlandais TheJournal.ie. Si cette initiative peut servir la popularité des plateformes participantes, on veut croire en le bon-vouloir et la bienveillance de ce réseau, qui n’a finalement pas grand chose à gagner, si ce n’est susciter l’intérêt de la question européenne auprès des citoyens et améliorer leurs connaissances.

Même si l’efficacité et la popularité de ces nouvelles mesures restent encore à prouver, la voie semble toute tracée pour éviter fuites de données, propagande politique et autres scandales médiatiques, qui ébranleraient une Union Européenne déjà bien chancelante.

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