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Opinion : À nous de voter pour une nouvelle Europe !

Opinion : À nous de voter pour une nouvelle Europe ! 23 mars, 2019

Bien qu’il semble évident que l’Union Européenne doit se réformer pour éviter son effondrement, il manque de nouvelles visions ambitieuses et courageuses. L’émergence des partis populistes montre la puissance des citoyens de demander un changement aux urnes. Au lieu de militer pour un renforcement de la souveraineté des Etats-nations ou la préservation du statu quo, les citoyens européens devraient cependant avoir le courage de voter aux élections européennes pour des partis qui veulent aller de l’avant et créer l’Europe du 21ème siècle : plus unie, démocratique, sociale et équitable.

De nombreux experts des think tanks, des universités et des organisations politiques sont d’accord que l’Union Européenne doit mener de profondes réformes pour sauver son projet. Pourtant, les grands partis à Bruxelles et dans les capitales européennes restent passives et semblent se contenter de réagir aux forces populistes au lieu d’agir. Les crises financières, migratoires et environnementales montrent que l’Europe ne peut faire face aux défis actuels que si elle est unie et si elle fonctionne de manière efficace. Cela n’est cependant pas le cas puisque les intérêts nationaux priment souvent sur l’intérêt commun des Européens et empêchent des politiques innovatrices dans un système institutionnel trop complexe et fragmenté.

En politique étrangère où l’unanimité est normalement requise pour prendre des décisions communes, un seul pays peut bloquer des déclarations communes comme il était récemment le cas par rapport à la crise au Venezuela. Le problème de l’unanimité empêche l’UE de parler d’une seule et unique voix, ce qui, par conséquent, affaiblit l’ensemble des États européens. En ce qui concerne la politique économique, les Etats membres ne peuvent toujours pas s’accorder sur une union fiscale, la finalisation de l’union bancaire ou les eurobonds en dépit du fait que biens des économistes considèrent que l’Union économique et monétaire n’est toujours pas assez approfondie pour contrer le danger de nouvelles crises financières si elle n’est pas réformée. Finalement, les inégalités sociales et économiques au sein de l’Europe ne peuvent jamais être diminuées avec l’actuel budget de l’UE qui représente seulement 1% du PIB cumulé des pays membres. L’UE a besoin de davantage de ressources afin de mieux répartir les richesses, de développer les territoires ruraux défavorisés et de mettre en place des protections sociales plus harmonisées.

Le problème de l’unanimité empêche l’UE de parler d’une seule et unique voix.

Il apparaît alors que nous, les peuples européens, devons changer le statu quo en votant aux élections européennes pour des partis qui visent à développer et améliorer l’Union Européenne et ne pas laisser les anti-européens détruire tout ce qui a été accompli depuis presque soixante-dix ans de construction européenne. Toutes sortes de propositions intéressantes du monde académique sont déjà sur la table, mais doivent encore être réalisées. L’économiste reconnu Thomas Piketty, avec un ensemble d’autres experts, a publié en décembre 2018 un « Manifeste pour la démocratisation de l’Europe », proposant de créer un budget européen plus important par quatre grandes taxes (sur les émissions carbones, entre autres). Les ressources générées pourraient baisser de manière significative les inégalités non seulement entre, mais aussi au sein des pays membres et créer une économie plus durable et juste. La politologue Ulrike Guérot va plus loin, préconisant une toute nouvelle structure de gouvernance en Europe dans son livre utopiste : selon elle, les futures générations devraient construire une République Européenne qui consisterait en un ensemble de régions et non d’États membres. Cette nouvelle république mettrait le bien commun (« res publica ») de tous les citoyens européens au centre et permettrait à ces derniers de mieux participer à la démocratie en décentralisant la gouvernance et en donnant davantage de poids politique aux régions qui seraient soumises à un seul gouvernement européen. Cela serait une réponse au clivage urbain/rural et au désir fort de davantage d’identité en Europe – mais cette identité serait européenne et régionale et non nationale.

Pour certains, ces propositions semblent irréalistes et naïves. Toutefois, la partie de la population qui se plaint que rien ne change jamais a une alternative aux populistes dans les élections européennes : voter pour les partis progressistes qui ont compris la nécessité de réformer l’Europe, qui sont prêts à trouver des solutions pan-européennes et qui cherchent à esquisser une nouvelle vision prometteuse de l’Europe à long terme. Il ne s’agit pas de démolir l’Union Européenne, mais de l’adapter aux besoins de tous les citoyens européens à travers les nations. L’ancienne structure a fait ses preuves pour répondre aux enjeux du 20ème siècle, mais il faut maintenant l’adapter aux enjeux du 21ème siècle et mettre l’intérêt général des citoyens européens au centre de la politique.

Il ne s’agit pas de démolir l’Union Européenne, mais de l’adapter aux besoins de tous les citoyens européens à travers les nations.

Avoir une union économique sans avoir une vraie union politique ne peut plus fonctionner si on veut rendre l’UE plus démocratique. L’exemple type serait le cas des vieilles centrales nucléaires belges ou françaises. Elles menacent directement la santé de tous les Européens, mais ces derniers n’ont aucune influence sur la politique énergétique de la Belgique et de la France s’il se trouve qu’ils sont nés outre-Rhin et ne peuvent voter qu’en Allemagne ou ailleurs. Cela est antidémocratique – les citoyens européens devraient être capables de décider ensemble des secteurs politiques par lesquels ils sont concernés et ne pas laisser les États membres décider seuls.

L’autre exemple où l’UE serait plus efficace en étant plus unie est la politique économique. Le capitalisme ne peut que fonctionner si les politiques savent le rendre favorable au bien commun des citoyens. Un grand nombre de suggestions ont été faites sur une taxation des grandes entreprises digitales (GAFA), sur les transactions financières ou sur les émissions de carbone afin de mieux redistribuer les richesses. Ces projets ambitieux ne peuvent qu’être réalisés au niveau supranational si les citoyens poussent leurs représentants nationaux à prioriser les intérêts européens. Comme le Parlement Européen a par le passé souvent été une institution innovatrice et en avance sur son temps, les élections européennes sont une bonne occasion de demander des réformes majeures et de travailler à une nouvelle révision des Traités dans l’avenir proche.

Le capitalisme ne peut que fonctionner si les politiques savent le rendre favorable au bien commun des citoyens.

Ceux qui pensent que l’UE ne peut pas changer et sera toujours gouvernée par les mêmes grands partis centristes se trompent. L’émergence des partis populistes est le meilleur exemple de la puissance des citoyens de demander du changement aux urnes. Il est maintenant à notre tour de décider entre trois options aux élections européennes et à nos élections nationales qui suivront dans les années prochaines : 1. Continuer le chemin que les populistes proposent, à savoir renforcer l’autonomie des Etats-nations européens individuels. Cela serait le pire choix parce que les plus petits Etats européens ne peuvent plus répondre seuls aux défis actuels dans un système mondialisé où l’UE ne représente aujourd’hui que 7% de la population mondiale (chiffre avant le Brexit). 2. Garder le statu quo et voter contre les populistes sans vouloir du vrai changement. Dans ce cas-là, l’UE risque de s’autodétruire et de contribuer à ce que les populistes et nationalistes viennent à diviser l’Europe davantage. 3. La troisième voie est de voter pour des partis qui veulent aller de l’avant avec comme priorité l’intégration européenne, créant une nouvelle Europe : unie, sociale et équitable. À nous de choisir dans nos pays quels partis pourraient avoir ce courage de retrouver l’esprit innovateur.

 

Frederic Göldner est un étudiant de master à l’Institut d’études européennes de l’ULB.

 

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